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Je rêvais de Bologne, je me suis réveillé à Vienne

Quel été, mais quel été !

Fin juin, Zizou Bergs s’impose à Eastbourne où il remporte son premier tournoi ATP.

Mi-juillet, Raphaël Collignon se hisse en finale à Gstaad. C’est la première de sa carrière.

Fin juillet, Alexander Blockx va en finale à Estoril. C’est, là aussi, sa première sur le circuit.

US Open, Alexander Blockx devient le premier joueur belge à se qualifier pour les quarts de finale.

Tout va bien pour le tennis belge masculin.

Tout allait vraiment bien.

Sauf que.

Sauf qu’après sa finale à Gstaad, Raphaël n’a plus gagné le moindre match.

Sauf qu’à Wimbledon et à l’US Open, Zizou a raté par deux fois le coche et aurait pu – dû ? – passer au moins un tour de plus.

Sauf qu’en donnant tout sur le dur de New York, Alexander a trop demandé à son corps.

Sauf que… Raphaël, puis Alexander, ont été contraints de jeter l’éponge pour cette rencontre de Coupe Davis.

Reste que, sans doute encore un peu trop aveuglé par le fait que la Belgique comptait trois joueurs du Top 40, je restais optimiste.

Très optimiste.

Et ce, même après les retraits d’Alex et Raph.

Optimisme encore présent – vous aurez pu le lire – alors que les deux équipes étaient dos à dos vendredi soir.

À mes yeux, en effet, les Red Aces restaient favoris de cette rencontre car, expliquais-je, chaque match était ouvert pour eux – et ils l’ont été – et je ne m’imaginais pas que Zizou puisse être réellement inquiété par les Autrichiens.

Il l’a été.

Et comment.

Au lendemain de cette défaite, je dois bien reconnaître que mon optimisme était exagéré.

Et pourtant.

Pourtant, si j’analyse chaque match, il y a eu, dans tous ceux perdus par la Belgique, de réelles opportunités.

Vendredi, Gauthier Onclin, revenu de 2-4 à 4-4, a bénéficié de deux balles de break face à Rodionov, dont une était tout à fait jouable. Il ne les a pas transformées et, ensuite, il n’y a plus vraiment eu de match.

Samedi, le double aurait, lui aussi, pu tourner.

À 5-5 dans le premier set, Sander Gillé et Joran Vliegen ont eu une balle de break qui leur aurait permis de servir pour la manche. Dans le tie-break, ils ont ensuite mené 4-2. Et, dans le deuxième set, à 4-3, ils ont encore eu une balle de break.

Trois moments où le match aurait pu basculer.

Il n’a basculé dans aucun.

Je pense encore à ces trois smashes qui auraient, à chaque fois, dû permettre aux Belges de conclure le point.

Samedi toujours, Zizou avait, lui aussi, des cartes en main.

Beaucoup plus serein que la veille, il jouait juste mais, assez curieusement, Rodionov s’est détaché à 4-2 avant que Zizou ne revienne et ne force le tie-break.

Il aurait pu – dû ? – le gagner.

Mais il a commis trop de doubles fautes dans un moment où chaque point pesait une tonne.

Résultat des courses : les trois défaites des Red Aces l’ont été en… deux manches, alors que leur seule victoire l’a été en trois sets.

Je suis donc obligé de reconnaître que, malgré ces opportunités qui auraient pu tout changer, les joueurs de Steve Darcis ont tout de même été assez loin de la victoire.

Les Autrichiens, eux – et c’est un peu logique si l’on accepte le principe des vases communicants –, se sont montrés particulièrement efficaces.

Ils ont surfé tout au long du week-end sur le fait que, d’underdogs qu’ils étaient avant l’US Open, ils étaient devenus, non pas favoris, mais de très sérieux outsiders.

Il n’y a pas eu un seul match où ils n’ont pas osé.

Pas un seul où ils n’ont pas pris leur chance.

À l’inverse des Belges – toujours ces fameux vases communicants – qui, eux, ont été un peu trop empruntés sur, je le répète, ces balles de break ou de set qui se sont présentées à eux.

Finalement, donc, et en fonction de ce qui s’est passé sur le terrain, cette victoire autrichienne est justifiée.

Elle fait cependant très mal car le capitaine a eu très peu de prise sur les événements qui ont précédé cette rencontre.

Mettez-vous à sa place.

Lui qui est aussi le coach de Raphaël Collignon, imaginez la frustration qui a dû être la sienne lorsque son joueur a annoncé, après discussion avec tout le staff, qu’il faisait l’impasse sur Vienne.

Imaginez sa terrible désillusion lorsqu’il voit qu’Alexander Blockx, brillant à New York, est manifestement diminué physiquement lors de son huitième et, surtout, de son quart de finale.

Imaginez, aussi, son inquiétude après avoir vu Zizou Bergs passer si près de la victoire à Wimbledon et à l’US Open et, par deux fois, s’incliner dans un match qui aurait pu magnifier encore sa superbe saison.

Avec toute son expérience, avec toute sa fougue, Steve est donc arrivé en Autriche en connaissance de cause : il lui manquait deux pions majeurs et celui qui est le leader incontestable de l’équipe n’était pas en confiance absolue.

Loin de là.

C’est tout cela que mon optimisme a finalement un rien occulté.

Je me suis basé sur ce que j’avais vu tout au long de l’été, en me connectant essentiellement aux bons moments.

Pas aux moins bons.

Je me suis connecté au fait que Gauthier est à son meilleur classement.

Au fait que Kimmer est un joueur expérimenté qui aurait pu apporter ce fameux dernier point.

Je me suis aveuglé d’optimisme en oubliant sans doute un peu trop la réalité du terrain.

La réalité, aussi, de la terre battue.

Une surface qui réduit encore davantage que les autres les différences de niveau.

J’ai oublié que les Autrichiens étaient chez eux et que, sous des dehors assez calmes et feutrés, ils n’ont pas lâché une balle.

Oui, je me suis trompé.

Mais, très franchement, si je devais réécrire mes deux papiers d’avant-match, je redirais la même chose : les Red Aces pouvaient se rendre à Bologne.

Mais, cette fois, tout s’est mal mis.

Rien n’a vraiment tourné dans le bon sens pour les Belges.

Ce n’est la faute de personne.

C’est la faute – le mot est d’ailleurs très mal choisi – du tennis.

De ce sport incroyable où tout est permis.

Comme de voir Steve Darcis battre Rafaël Nadal à Wimbledon.

Comme de voir Raphaël Collignon battre Alex de Minaur avec des crampes en Coupe Davis il y a tout juste un an.

Ce match face à l’Australien doit d’ailleurs nous permettre de relativiser.

Sans cette victoire venue de nulle part, les Belges auraient-ils été à Bologne l’an dernier ?

Et, à Bologne, sans l’incroyable retournement de situation du match Collignon-Moutet, auraient-ils atteint les demi-finales ?

Et si l’incroyable Bergs-Cobolli s’était terminé autrement, la Belgique aurait-elle joué la finale de la Coupe Davis ?

C’est aussi cela, le tennis.

Que c’est beau, le tennis.

Douloureux, parfois.

Merveilleux, parfois.

Excitant, toujours.