Si, de ce jeudi, la planète tennis retiendra l’inouïe défaite de Jannik Sinner…
Si les supporters français se souviendront longtemps de l’inouïe victoire du jeune Moïse Kouamé…
Les Belges, eux, garderont en mémoire ce fantastique succès de Raphaël Collignon face au 5e joueur mondial.
Et pourtant, non, je n’utiliserai pas le mot “inouï” pour qualifier cet exploit.
Parce qu’avant le match, beaucoup de coaches présents à Roland Garros estimaient que, sur terre battue, Raphaël Collignon avait réellement une carte à jouer face à Ben Shelton. Un joueur immense… mais parfois encore un peu impatient sur l’ocre parisienne.
Donc non, cette victoire n’est pas inouïe.
Elle est merveilleuse.
Par contre, la manière, elle, l’a été.
Inouïe.
Inouïe dans l’attitude du Liégeois, d’abord. Jamais, à aucun moment, il n’est tombé dans l’un de ces petits travers qui le voient parfois se retourner un peu trop vers son banc ou râler après une faute évitable.
Inouïe au service aussi.
Tenez-vous bien : Raphaël Collignon n’a concédé aucune balle de break. Aucune. Face au 5e joueur mondial !
Inouïe encore dans la gestion des moments tendus. Cette fin de troisième set, notamment. Ce jeu à 3-3 où il aurait pu vaciller. Ce moment où il a servi pour le match.
Et puis il y a eu les mots.
Et puis il y a eu les larmes.
Parce qu’au fond, derrière le joueur, il y avait aussi le gamin liégeois qui réalisait soudain qu’il venait de signer le plus grand exploit de sa carrière. À Roland Garros. Devant ses proches. Devant sa famille. Devant ce public belge qui aime tant la terre battue parisienne.
La victoire est immense.
Mais oui, je le redis, je le répète, je le martèle parce que cela me rend heureux : c’est surtout la manière qui a été inouïe.
Vous le savez, je ne suis pas du genre à m’emballer trop vite. Je ne suis pas de ceux qui transforment chaque belle victoire en certitude d’avenir.
Mais là… difficile de ne pas admirer.
Raphaël a remporté ses deux premiers matches en trois sets, là où tant d’autres ont déjà laissé énormément d’énergie dans la chaleur étouffante de la Porte d’Auteuil.
Lui a géré.
Il n’a ni perdu de temps… ni gaspillé trop de forces.
Et quand son coach Steve Darcis, rarement le plus expansif lorsqu’il parle de son poulain – c’est un euphémisme – se montre aussi enthousiaste, cela veut dire quelque chose.
« Il a été au top. Il a été très bon. Parfois, je voudrais qu’il attaque encore un peu plus ses coups droits, qu’il prenne la balle un peu plus tôt, mais honnêtement, il a fait un super match. Il a battu le cinquième mondial en trois sets… que peut-on lui demander de plus ? »
En pleurs sur le terrain, Raphaël a lui aussi tenu à saluer son coach.
« Il m’a beaucoup parlé, il m’a donné énormément de conseils et je les ai suivis. C’est fantastique. Merci ! »
Au prochain tour, le Liégeois retrouvera l’Italien Matteo Arnaldi, 104e joueur mondial.
Mais après une soirée pareille, une chose est certaine :
Pendant quelques heures, Roland Garros avait un léger accent liégeois.
