Il paraît que cette finale de Roland-Garros n’était pas d’une grande qualité.
Trop de fautes.
Trop de hauts.
Trop de bas.
Des échanges parfois décousus.
Des jeux qui semblaient presque échapper aux deux joueurs.
Et pourtant…
Moi, je crois que c’est précisément pour cela que je l’ai aimée.
Parce que, pour une fois, je n’ai pas eu l’impression de regarder deux machines programmées pour produire un tennis parfait.
J’ai vu deux êtres humains.
Deux joueurs capables, dans le même jeu, de sortir un coup droit exceptionnel… puis une faute grossière quelques secondes plus tard.
Et honnêtement, cela faisait du bien.
Évidemment, on était loin du niveau presque irréel de la finale Alcaraz-Sinner de l’an dernier. Loin de cette impression de voir deux extraterrestres repousser les limites du tennis moderne.
Hier, Fabio Cobolli et Alexander Zverev ont parfois semblé fragiles.
Parfois nerveux.
Parfois même perdus.
Mais justement : ils étaient humains.
Et ce match m’a fait penser à tant d’autres joueurs.
À ces joueurs d’interclubs qui, pendant une heure et demi, jouent le match de leur vie… avant de sentir soudain le bras se tendre au moment de conclure.
À ces joueurs de tournois qui mènent 6-4 5-2… puis regardent le score en comprenant qu’ils sont à quatre points d’un exploit ou, du moins, d’une victoire importante.
Et soudain, tout change.
La main tremble un peu plus.
Le bras avance un peu moins vite.
Le cerveau pense trop.
Et le tennis devient autre chose qu’un sport de gestes.
Il devient un sport profondément humain.
Hier, à Roland-Garros, j’ai retrouvé cela.
Cette sensation que même les meilleurs peuvent perdre le fil.
Que même les grands joueurs doutent.
Que même sur le plus grand court du monde, la peur de gagner existe encore.
Et au fond, cela m’a rendu cette finale très attachante.
Parce qu’elle ressemblait davantage à la réalité du tennis que certains matches parfaits joués à une vitesse presque inhumaine.
On les a vus hésiter.
S’agacer.
Se reprendre.
Puis replonger.
Comme tous ceux qui jouent au tennis un dimanche matin en interclubs ou un soir d’été dans un tournoi.
À une autre vitesse, évidemment.
Avec d’autres enjeux.
Mais avec parfois les mêmes émotions.
Et honnêtement, voir cela chez des joueurs de ce niveau m’a presque rassuré.
Parce que ce Roland-Garros, finalement, a été profondément humain.
Il l’a été quand Jannik Sinner, si souvent présenté comme une machine, a craqué alors qu’il n’était plus qu’à quatre points de la victoire.
Il l’a été quand David Goffin a, enfin!, craqué et pleuré, dévoilant le formidable humain qu’il a toujours été.
Il l’a été dans toutes ces surprises qui ont secoué le tournoi, rappelant qu’un tableau de Grand Chelem ne se déroule jamais exactement comme prévu.
Il l’a été aussi dans le tennis proposé par la jeune Polonaise Maja Chwalińska, qui a rappelé, avec sa finesse, ses variations et son intelligence de jeu, qu’on pouvait encore gagner des points autrement qu’en frappant toujours plus fort.
Et au fond, c’est peut-être cela que je retiendrai de cette quinzaine parisienne.
Pas uniquement les coups incroyables.
Pas uniquement les statistiques.
Pas uniquement l’extraordinaire victoire de Raphaël Collignon face au 5e mondial.
Mais cette sensation, parfois oubliée dans le tennis moderne, que derrière les joueurs se trouvent encore des êtres humains.
Avec leurs doutes.
Leurs émotions.
Leurs failles.
C’est pour cela, entre autres, que j’aime autant ce sport.
