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De l’ocre rouge de Roland Garros à l’ocre jaune du sable du Lumeçon.

Je pensais honnêtement avoir laissé derrière moi mes émotions parisiennes en quittant Roland Garros la semaine dernière.

Et puis il y a eu ce dimanche à Mons.

Le Doudou.
Le Lumeçon.
Cette musique qui tourne en boucle jusqu’à entrer dans les corps.
Cette foule compacte.
Cette chaleur.
Ces cris.
Cette tension étrange qui monte progressivement jusqu’au combat.

Et soudain, sans même vraiment le vouloir, je me suis remis à penser à Roland.

Parce qu’au fond, entre la Porte d’Auteuil et la Grand-Place de Mons, il existe bien plus de ressemblances qu’on ne l’imagine.

D’un côté, l’ocre rouge de la terre battue parisienne.
De l’autre, l’ocre jaune du sable montois.

Deux arènes.

Deux foules.

Deux formes de ferveur populaire.

À Paris, la semaine dernière, j’ai vu des gladiateurs modernes lutter pendant des heures sous la chaleur. J’ai vu, entre autres, ce fantastique Raphaël Collignon pousser son corps presque jusqu’à la rupture face à Matteo Arnaldi. J’ai vu des regards qui se ferment, des jambes qui tremblent, des joueurs qui puisent dans quelque chose de plus fort que le physique.

Et ce dimanche, à Mons, j’ai retrouvé cette même sensation.

Ce même besoin collectif de vivre un combat ensemble.

Car au fond, les gens ne viennent pas seulement voir un résultat.

Ils viennent vibrer.

Souffrir parfois.

Espérer surtout.

Partager.

À Roland-Garros, chaque point important fait rugir les tribunes.
À Mons, chaque mouvement du Dragon fait monter cette tension unique portée par le rythme lancinant des musiques du Doudou.

Ceux qui sont à la corde semblent transpirer autant que les joueurs qui, eux, sont parfois dans les cordes.

Dans les deux cas, il y a cette communion populaire difficile à expliquer à ceux qui ne l’ont jamais vécue.

À Paris comme à Mons, il faut des héros.

Des hommes qui tombent parfois.
Qui se relèvent toujours.

Des combattants.

La grande différence, évidemment, c’est qu’à Mons, tout le monde connaît déjà le nom du vainqueur.

Depuis des siècles, Saint Georges terrasse le Dragon.

À Roland Garros, personne ne sait comment l’histoire se terminera.

Mais finalement, est-ce vraiment cela le plus important ?

Parce qu’au fond, ce qui marque les esprits, ce n’est pas uniquement le résultat.

C’est le combat. Généreux. Pas un combat qui mène à la mort, certes non. Au contraire, ce combat qui redonne la vie.

Après une défaite qui nous apprend à devenir meilleur.

Après le terrassement du dragon qui, ce lundi, revivra dans les rues de Mons, plus alerte que jamais. Plus aimé que toujours.

Entre l’ocre rouge de Paris et l’ocre jaune de Mons, j’ai vu, en quelques jours, deux immenses déclarations d’amour à l’émotion populaire.

Elle est pas belle, la vie?