Retour

Los Angeles, Set Wahis, Léopold, Jack, Steve, de rêve en rêve

Ces derniers jours, j’ai regardé quelques matches de la Coupe du monde de football. Puis, ce mardi, je suis passé du J30 du Set Wahis au M25 du Royal Léopold Club.

Et je me suis retrouvé à penser à la même chose toute la journée : les rêves.

Au Set Wahis, j’ai vu des adolescents qui rêvent de devenir professionnels.

Au Léopold, j’ai vu des professionnels qui continuent à rêver.

Entre les deux, il y a parfois dix ans de travail. Dix ans d’entraînements. Dix ans de sacrifices. Dix ans de kilomètres parcourus.

À la Coupe du monde, ils sont 1.248 joueurs à avoir été sélectionnés pour défendre les couleurs de leur pays. 1248!

Le classement ATP, lui, compte un peu plus de 2.200 joueurs. Seulement 2.200!

Quand on y pense, c’est presque absurde.

Être 500e mondial au tennis, c’est appartenir à une élite extraordinairement restreinte.

Et pourtant…

Au Léopold, la deuxième tête de série s’appelle Jack Logé.

427e mondial.

J’ai écrit ces trois chiffres plusieurs fois avant de poursuivre cet article.

427e mondial.

Parce que je crois que nous avons parfois perdu la notion de ce que cela représente réellement.

Jack fait en réalité partie des meilleurs joueurs de tennis qui existent.

Et pourtant, depuis le début de sa carrière professionnelle, il a gagné environ 10.000 dollars de prize money.

Pas l’an dernier.

Pas cette saison.

Toute sa carrière.

Je ne sais pas ce que cela provoque chez vous.

Moi, cela m’inspire surtout du respect.

Énormément de respect.

Parce que Jack n’est pas un cas isolé.

Cette semaine, au Léopold, ils sont nombreux à vivre cette même réalité. Des garçons qui se lèvent chaque matin avec l’espoir de gagner quelques places ATP. Quelques points. Quelques opportunités.

Des garçons qui savent qu’ils ne deviendront peut-être (sans doute) jamais millionnaires.

Mais qui continuent malgré tout.

Parce qu’ils aiment profondément ce qu’ils font.

Cela ne retire évidemment rien aux footballeurs. Le football a ses réalités, ses difficultés et ses parcours parfois compliqués.

Mais le tennis possède une particularité rare : il est possible d’être l’un des meilleurs joueurs du monde et de continuer à compter ses dépenses de voyage.

En Belgique, quelques joueurs gagnent très bien leur vie grâce au tennis. Quelques autres en vivent confortablement.

Puis vient cette immense majorité de passionnés de très haut niveau qui poursuivent leur route avec courage, souvent dans une relative discrétion. Et, quasi toujours, dans des conditions financières compliquées.

C’est pour eux que les tournois comme le LiveRamp Brussels Open sont si importants.

Parce qu’ils offrent des points ATP.

Parce qu’ils offrent des opportunités.

Mais aussi parce qu’ils rappellent une chose essentielle.

Le tennis professionnel n’est pas uniquement peuplé de stars.

Il est surtout peuplé de rêveurs.

Et mardi, entre le Set Wahis et le Léopold, j’en ai croisé beaucoup.

Et, pendant que j’écrivais ces lignes Jack et son pote Emilien s’entraînaient, sous un soleil de plomb. Sous les yeux, entre autres, de Steve Darcis qui sait, oh combien, que le chemin du rêve est parsemé d’obstacles.