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Et si on balayait devant notre porte ?

Donc, oui, c’est vrai, quelques énergumènes français ont eu un comportement antisportif lors du match entre David Goffin et Giovanni Mpetshi Perricard.

Il faut, bien évidemment, s’en offusquer. Il est également grand temps que l’ITF gère aussi les joueurs (de jeux d’argent) qui polluent les réseaux et n’arrêtent pas d’injurier des joueurs (de tennis) sur lesquels ils ont parié. Insultes et, même, parfois, menaces physiques.

Oui, c’était chaud hier et oui, un crétin (pour rester poli) a craché son chewing-gum sur David. Et d’autres crétins (pour rester poli) ont cru que le court 14 était un stade de football.

Mais.

Mais, et ce même si je sais que le sentiment anti-français est assez répandu en Belgique, ne mettons pas tous les Français dans le même sac. 90 % de ceux qui vont au stade de Roland Garros sont des vrais amateurs de tennis qui, s’ils encouragent évidemment les leurs, sont plutôt bon enfant et sympathiques.

D’autre part….

D’autre part, je rigole doucement depuis hier soir.

Oui, je rigole.

Tout d’abord parce que je suis heureux de la victoire de David. Il s’est non seulement créé les opportunités dont je parlais mardi matin mais, en plus, même en se faisant peur, il a fini par les saisir. Cela faisait longtemps qu’il n’y était pas parvenu dans de telles conditions et donc, oui, réellement, je suis heureux.

Ensuite, je rigole parce que, depuis des mois, à chaque défaite, je lis avec effarement les critiques acerbes qui s’abattent sur David Goffin. A chaque échec, il y a un flot de remarques négatives, sans fondement, inamicales. Et, même parfois – souvent – méprisantes pour celui qui a été 7e mondial.

Comme pour les Français, 90% des amateurs belges de tennis restent courtois ou ne s’expriment que rarement.

Mais je suis aussi persuadé aussi que parmi ceux qui se sont le plus offusqués du comportement médiocre de certains Français hier, il y a en a une bonne partie qui, dès qu’ils peuvent, jettent leur fiel tout aussi médiocre parce que David, selon eux, n’a plus ou n’a jamais eu de mental.

Donc, oui, balayons devant notre porte et que ceux qui s’extasient depuis hier sur la merveilleuse victoire de Goffin ne retournent pas leur veste dès qu’il perdra – ce qui arrivera – face à un joueur soi-disant moins bon que lui.

Oui, balayons devant notre porte car si David a pu profiter hier d’un soutien sans faille des nombreux amoureux belges qui étaient à la Porte d’Auteuil, je suis convaincu qu’il aimerait un peu plus de respect à d’autres moments quand il traverse des périodes plus floues et qu’il lit – même s’il ne le dit pas – ces rivières de critiques acerbes sur les réseaux et, même, parfois ailleurs.

Oui, c’est vrai, David n’est plus le David qui a été 7ème mondial. Mais et alors ? Quel est le souci ?

Sommes-nous tous, toujours, au sommet de notre art ?

Sommes-nous tous, toujours, au niveau que nous espérons ?

Sommes-nous tous, réellement, des êtres parfaits qui peuvent vomir sur le résultat d’un sportif de haut niveau ?

David est un homme d’une gentillesse infinie. Il est certes parfois difficilement supportable parce que l’on aimerait qu’il montre les crocs, qu’il soit plus agressif, plus accrocheur, plus communiquant.

Mais ce n’est pas son style.

Pas dans son ADN.

Cela lui est arrivé de temps en temps de sortir de ses gonds, de jeter sa raquette. Quant à chambrer comme hier le public, il ne l’avait, sauf erreur, jamais fait.

Tout cela n’est pas dans ses habitudes. David Goffin est un joueur d’apparence placide, qui a besoin de sérénité pour distiller son tennis de précision.

Hier, d’ailleurs, il a été quasi parfait, à part comme encore trop souvent, quand il avait mis la tête de Giovanni sous l’eau.

Mais, in fine, il s’est imposé et, au terme de ce combat des chefs, il a laissé parler son cœur.

Que l’on sache cependant qu’il ne s’adressait pas uniquement au public français.

Il parlait, en réalité, à tous ceux qui, depuis des mois affirment que sa carrière est finie, qu’il n’y arrivera pas ou plus.

C’est à eux aussi qu’il a dit, en substances : «C’est cela tennis. On donne tout, mais l’autre aussi donne tout. Et à la fin, comme il n’y a pas de match nul, il y a un vainqueur. Aujourd’hui, c’est moi qui ai gagné. Mais demain, ce sera peut-être mon rival.»

Bravo David, pour cette victoire.

Bravo pour ce message.

Bravo, pour cette carrière.

Bravo pour ce que tu es !