Pendant cette semaine particulière, j’ai eu envie de retrouver quelques articles écrits au fil de la carrière de David Goffin. Sans les retoucher, avec les émotions et le regard du moment. Ils ne sont pas chronologiques, ils sont juste des souvenirs personnels. Le lendemain du dernier match de simple de David, j’écrirai alors mes sentiments du jour d’après ;-)
Le quatrième nous ramène en 2017, avant le dernier match de la rencontre Belgique – Italie de Coupe Davis. La Belgique menait 2-1 et j’écrivais que David allait gagner le 3ème point;-) J’annonçais une victoire 6-4 6-3 6-3 face à Lorenzi, cela a été 6-3 6-3 6-2 ;-)
Compte-rendu d’un match qui n’a pas encore eu lieu. Et qui va se jouer à 14h30.
Belgique – Italie 2-1
Goffin mène 6-4 6-3 5-3.
C’est le premier simple de dimanche.
Plus que probablement le dernier qui compte puisque le dernier se jouera pour du beurre.
Il joue ce jeu pour le match.
Il joue ce jeu pour la demi-finale.
Pour la demi-finale qui aura lieu en Belgique du 15 au 17 septembre.
Il joue ce jeu pour une deuxième demi-finale du Groupe Mondial en trois ans!
Pour une deuxième demi-finale du Groupe Mondial en trois ans!
Je répète une troisième fois: s’il gagne ce jeu, David va propulser la Belgique dans le dernier carré du Groupe Mondial de Coupe Davis. L’équivalent de la Coupe du Monde de foot.
S’il s’agissait de football, les télévisions ouvriraient tous leurs JT sur la nouvelle, les journaux barreraient leur Une.
Mais c’est du tennis. Donc, on parlera d’abord de Paris-Roubaix, du Standard qui joue en play off 2. De tout autre chose.
S’il s’agissait de football, on aurait eu tous les ministres du gouvernement fédéral, du gouvernement wallon, voire du gouvernement flamand, dans les tribunes du Spiroudôme.
Mais comme c’est du tennis….
Mais de tout cela, David Goffin n’en a cure.
Il s’en moque.
Il est professionnel.
Alors, il va jouer ce jeu pour prendre ce troisième point.
Et propulser la Belgique en demi-finale du Groupe Mondial.
Ce sera contre l’Australie, en Belgique.
Car l’Australie de Kyrgios a battu les Etats-Unis.
Ce sera en Belgique – organisé par Tennis Vlaanderen – sans doute sur terre battue.
Ce sera…
Mais Goffin, encore une fois, ne pense pas à tout cela.
Il s’applique.
Il est concentré sur la seule chose réellement importante à ses yeux: la routine!
Cette routine qui a fait de lui le champion qu’il est devenu.
Cette routine qui lui donne l’impression d’être imperturbable. Voire même un peu éteint.
Cette routine qui fait dire à d’aucuns (et parfois je le dis aussi), qu’il ne se transcende pas, qu’il ne va pas chercher au fond de lui l’énergie pour faire basculer un match.
Cette routine qui lui donne c’est vrai parfois l’impression de ne pas être impliqué.
Mais il est comme cela, David.
Il ne montre pas ses sentiments plus que de mesure.
Quand il est sur le banc, alors que ses copains exultent, se lèvent, crient leur ferveur, lui applaudit, un peu à l’anglaise, calmement.
Est-ce parce qu’il est discret qu’il n’est pas engagé?
Mais non, voyons.
Mais en public, il ne se dévoile pas.
Il reste calme.
Il ne montre pas ce qu’il ressent, ce qu’il vit.
Mais il le vit, en lui.
Intensément.
Fortement.
Mais il n’est pas charismatique.
Et, très franchement, je préfère qu’il ne soit pas charismatique mais qu’il enchaîne les succès, les points, les exploits.
David Goffin, s’il prend ce jeu, va propulser la Belgique en demi-finale de Coupe Davis.
Il va le faire.
Pour lui, bien entendu.
Pour le public, bien entendu.
Pour Steve Darcis, qui a été si fabuleux vendredi et si souvent.
Steve dont David disait il y a deux jours: tant que Steve est là, c’est lui le monsieur Coupe Davis. Cela me convient très bien d’être le co-pilote d’un joueur comme lui. »
Il est comme cela, David, il ne tire pas la couverture à lui.
Son job?
Gagner.
Gagner les points qu’il ne peut pas perdre.
Ce qu’il a fait contre la Suisse au premier tour du Groupe Mondial 2015 quand, malade, il a sauvé l’équipe d’une défaite qui aurait été cuisante et qui aurait fermé la porte des espoirs.
Ce qu’il a fait contre le Canada en quart de finale 2015 gagnant son simple du premier jour en trois petits sets.
Comme il a fait contre l’Argentine en demi-finale de 2015 en remportant ses deux simples sans perdre une manche.
Comme il a fait en finale, revenant de deux sets zéro pour sauver la rencontre.
Comme il a fait au premier tour 2016 face à la Croatie et, comme, encore, il a fait face au Brésil.
Car le co-pilote n’est pas du genre à ne pas prendre ses responsabilité. Il a déjà joué 19 simples en Coupe Davis et en a gagné pas moins de … 16.
S’il gagne ce jeu, il en sera à 17.
Pour seulement 3 défaites.
Mais de tout cela, encore, toujours, Goffin n’en a cure.
Ce jeu, il va le gagner pour Steve, je l’ai dit, pour le public, je l’ai dit.
Pour son capitaine, si généreux, si intelligent dans sa manière de gérer ses hommes.
Mais aussi pour Ruben et Joris qui sont passés si prêts hier samedi face à Bolelli et Seppi.
Ils ont tout donné, Joris et Ruben. Il y a eu un manque d’intensité mais ils ont tout donné.
Face à des Italiens bien plus expérimentés qu’eux, ils ont démontré qu’ils avaient du caractère. Qu’ils savaient puiser l’énergie au plus profond d’eux-mêmes. Ils ont prouvé que l’on pouvait compter sur eux.
Qu’ils savaient se battre en grand, qu’ils pouvaient aller chercher des points impossible.
Alors, David va gagner ce jeu.
Pour eux.
Car tout co-pilote qu’il est, il sait, David, que les autres, tous les autres, comptent sur sa solidité.
Ils s’en moquent, eux, qu’ils ne soit pas flamboyant, pourvu qu’il gagne ses points.
Alors, ils sont prêts, tous les membres du staff, à se jeter sur lui.
A se jeter sur Goffin comme ils l’ont si souvent fait sur Steve.
Car il faut remonter au premier tour de 2015 pour que David apporte le point de la victoire. Mais il s’agissait d’un drôle de match et la victoire n’a pas eu le goût qu’aura celle de ce dimanche.
Alors, oui, David sait que quand il aura gagné ce match, il sera le héros de toute l’équipe. De toute la communauté tennis.
Mais, très vite, il se relèvera et dira: « ce n’est pas ma victoire, c’est la victoire de tout le groupe. »
Et il aura raison.
Quel gaillard que celui-là.
Le co-pilote, on l’oublie souvent, est là pour indiquer la direction, la voie à suivre.
Et David, ce dimanche, ce week-end, l’a montrée de maîtresse manière, cette direction.
Une direction qui mène la Belgique en demi-finale du Groupe Mondial.
Ce sera en septembre.
Ce sera en Belgique.
Et c’est juste géant.
Un grand champion.
Une formidable équipe
Patrick Haumont
PS: oui, je sais, un match de tennis n’est jamais joué. Et si David venait à perdre ce simple, je vous autorise à commenter et critiquer cet article à l’envi pendant des mois. Mais, je n’ai aucun doute. C’est dangereux, mais c’est comme cela. Je n’ai aucun doute car Goffin est juste magique. (maintenant, sur le score, ce ne sera peut-être pas 6-4 6-3 6-3 ;-)
