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Une semaine particulière (2). Quelques textes souvenirs avec David Goffin

Pendant cette semaine particulière, j’ai eu envie de retrouver quelques articles écrits au fil de la carrière de David Goffin. Sans les retoucher, avec les émotions et le regard du moment. Ils ne sont pas chronologiques, ils sont juste des souvenirs personnels. Le lendemain du dernier match de simple de David, j’écrirai alors mes sentiments du jour d’après ;-)

Le deuxième est l’une des nombreuses lettres ouvertes que je lui ai adressées. C’était au lendemain de sa défaite aux Jeux olympique de Rio.

Cher David,

Ce matin, quand tu te lèveras, tu risques d’avoir un peu la gueule de bois.

Pas parce que tu auras trop fait la fête au Village olympique (encore que tu aurais bien le droit de t’octroyer quelques heures de bombance).

Pas parce que tu aurais abusé de la caipirinha  (encore que ;-). Non, tu auras la gueule de bois car, contrairement à tous les autres tournois que tu disputes au fil des saisons, le tournoi olympique ne reviendra que dans quatre années. C’est long, quatre années et il peut se passer tant de choses en une olympiade…

Cette gueule de bois sera due à une énorme frustration, doublée par une grande déception. Car, tu ne peux qu’être frustré de n’avoir pas été en quarts de finale. Tu ne peux qu’être déçu par cette défaite face à Thomaz Bellucci. Diantre, il faut remonter au début du mois de mai pour trouver trace d’une défaite face à un joueur extérieur au Top 50 et encore, s’agissait-il de Lucas Pouille, en forme étincelante sur terre.

Déception, donc, car ce huitièmes de finale était ce que l’on appelle un bon huitième. Bon, ok, le public a poussé et porté Bellucci mais tu as eu les cartes en mains, surtout dans le premier set mais en réalité tout au long du match.

Porté par son public, Bellucci a cependant réussi à se transcender, ce que tu n’as pas réussi à faire. Tu as tout donné, évidemment, mais tu es bien placé pour savoir qu’il y a une énorme différence entre tout donner et se transcender. C’est l’étape ultime qui fait qu’un bon joueur – ce qu’est Bellucci – parvienne de temps en temps à sortir des joueurs du top – ce que tu es. La perf du Brésilien est d’ailleurs sa meilleure de l’année.

Cette gueule de bois, David, sera du même tonneau, mais sans doute un peu plus forte encore, que celles que tu as ressenties au lendemain de ton quarts de finale à Roland Garros (défaite contre Thiem en ayant eu les cartes en mains dans le deuxième set) et après ton huitième de Wimbledon (défaite face à Raonic après avoir mené deux sets à rien).

Mais voilà. C’est ainsi. C’est le sport. C’est le tennis.

Un match de tennis, c’est un duel. Il y a deux gladiateurs et seul un des deux sort vainqueur. Il y a eu de la place, lors de ces trois rencontres, mais tu n’as pas réussi à t’infiltrer.

C’est rageant, c’est décevant, c’est frustrant. Mais ce n’est pas grave.

Non, David, ce n’est pas grave.

Pour te le prouver, je vais prendre un peu de recul.

Pas beaucoup de recul, juste un peu. Et je vais remonter le temps jusqu’au début 2014. Tu sais, ces premiers mois 2014 qui t’ont vu enchaîner des défaites rapides et pendant lesquels tu restais désespérément bloqué en dessous de la 100e place. A l’époque, d’aucuns t’incendiaient, affirmant que tu ne serais jamais au top, que l’aventure de 2012 à Paris était un feu de paille dont la fumée était estompée à tout jamais.

Puis, il y a eu cette période de rêve, pendant laquelle tu as enchaîné les succès, terminant l’année aux portes du Top 20 ! Le Top 20, David.

Regarde tes résultats 2016 avec les yeux de 2014, David. Qu’aurais-tu répondu si on t’avait alors affirmé que, 24 mois plus tard, tu jouerais contre Dominic Thiem pour aller en demi-finale de Roland Garros ou que tu mènerais deux sets zéro face à Raonic à Wimbledon ?

Il te faut, ce matin, prendre du recul. Pour ne pas lire les bêtises que l’on peut lire un peu partout. Pour ne pas sombrer dans la déprime.

Attention, David, je ne suis pas en train de dire que tu n’as pas raté trois belles occasions d’écrire encore un peu plus – et déjà – en lettres d’or l’histoire du tennis masculin belge. Mais je sais, comme on dit dans ma région, que rien ne sert de pleurer sur du lait renversé.

Cette demi-finale à Roland Garros, ce ne sera pas pour 20016, et pour cause. Le quart aux JO, ce ne sera pas pour Rio, et pour cause. Le quart à Wimbledon, ce ne sera pas pour 2016, et pour cause.

Mais tu es jeune, David et il passera encore des occasions. Combien ? Je ne sais pas.

Mais il en passera. C’est évident.

C’est logique.

Tu fais partie du Top mondial et, fatalement, tu seras encore dans des positions favorables.

Il faudra alors les prendre à bras le corps.

Il faudra, ce qui n’est pas réellement dans ton ADN, te transcender. Aller encore plus loin au fond de toi-même pour transformer les essais.

Il faudra, encore plus que maintenant, te faire mal.

Je sais que tu fais le maximum, David. Mais il est sans doute utile que ce maximum soit élevé encore un peu. Mais aussi, et surtout, que tu montres davantage à l’extérieur que tu te donnes à fond. Il faut que ton adversaire sente que tu es un guerrier. Que les spectateurs trouvent dans ta gestuelle des raisons de te porter en direction du dernier carré dans les majeurs.

Il n’y a pas de Grand Chelem en Belgique, il n’y aura pas de Jeux Olympiques en Belgique. Il est donc nécessaire que tu trouves toi-même le soutien d’un public qui ne sera pas de ta nationalité. Pour ce faire, il faut montrer que tu en veux. Il faut les appeler à te porter.

Il faut qu’ils crient pour toi, pour que ton coup droit soit plus sec, plus tranché, que tes volées, un peu trop déposées, deviennent injouables.

Il faut, David, et je sais que tu travailles sur ce point, que tu te fasses violence. Que tu sortes de ton costume de joueur policé. Je ne te demande pas d’être comme Kyrgios ou comme Murray mais juste de sortir un peu plus de tes gonds. De te manifester davantage.

Cette gueule de bois, David, ne va pas durer longtemps.

Un jour.

Une semaine.

Avec ton staff, tu vas y puiser la force de t’améliorer encore, car tu es perfectible sur différents points.

Cette gueule de bois, je la partage avec toi car j’avais envie de te voir en demi-finale de Roland, en quart à Londres et face à Nadal à Rio.

Mais je continue à être certain que les occasions continueront à se présenter à toi et, qu’un jour, plusieurs jours, tu les prendras à pleines mains.

Et, une fois que tu l’auras fait, tu y prendras goût.

Je te souhaite une très belle campagne américaine.