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Une semaine particulière (6): Fabuleusement gladiateur

Pendant cette semaine particulière, j’ai eu envie de retrouver quelques articles écrits au fil de la carrière de David Goffin. Sans les retoucher, avec les émotions et le regard du moment. Ils ne sont pas chronologiques, ils sont juste des souvenirs personnels. Le lendemain du dernier match de simple de David, j’écrirai alors mes sentiments du jour d’après ;-)

Le sixième nous replonge dans le match de Coupe Davis Belgique – Australie. En le relisant ce matin, je me dis que ce texte pourrait être écrit suite à la victoire de David hier soir.

1-1 après une première journée riche en émotions et en suspens. Goffin a été au bout de ses ressources, Darcis a tout donné face à un Kyrgios très concentré et volontaire. La route de la finale est toujours longue mais pas impraticable.

Les yeux sont humides. Le plaisir immense. L’émotion palpable.

David Goffin n’est pas un démonstratif, vous le savez tous. Mais, hier, son corps, sa tête, son esprit, ses bras, ses jambes, ses ‘tripes’,  il les a mis au service de l’équipe.

Il a tout donné.

Il n’a pas bien joué, cela, non, vraiment pas. Mais il a gagné.

Il a gagné avec le coeur. Un énorme coeur. Un gigantesque coeur. Sous le regard d’un Christophe Van Garsse tout aussi ému que lui (voir sur la photo, dans les tribunes), il l’a fait. Il a battu John Millman. Alors, quand la balle de match s’est transformée en succès, il n’a pas pu se retenir. Il s’est mis sur le sol et les yeux ont perlé.

Les méchantes langues, ceux qui ne voient dans le sport qu’une manière de vomir leur bile sur les efforts d’athlètes de haut niveau, diront qu’il n’a battu que le 185eme mondial et que cette démonstration de joie n’avait pas lieu d’être.

Ils se trompent, évidemment. Car peu importe l’adversaire. Hier, ce que devait faire David, c’était gagner.

La manière? On s’en moque de la manière. Les vrais grands joueurs – et David en est un – savent qu’ils doivent aussi gagner quand ils sont loin de leur meilleur niveau. Et, vendredi, David en était loin alors que Millman, lui, a joué un match solide, constant et costaud du fond, il a poussé David dans les cordes, menant même un set à zéro.

Mais Millman s’est heurté à un champion qui ne voulait pas plier. Qui était prêt à se sacrifier pour l’équipe comme il l’a fait d’ailleurs si souvent et comme son pote Darcis le fait quasi à chaque fois.

Alors, il a gagné. En quatre sets. Et il a profité du moment. Une ou deux minutes de douce euphorie, porté par un public qui avait compris que le jeune adulte Goffin avait une volonté extrême et qu’il pouvait se transcender. Certes, son langage corporel est moins charismatique que celui du Shark mais là n’est pas l’essentiel puisque David sait, lui aussi et l’a déjà prouvé à moult reprises – se faire mal, très mal, pour donner un point à son équipe.

Il l’a fait hier et il est trop tôt pour savoir ce qu’il a laissé sur le terrain du Palais 12. Pourra-t-il jouer ce samedi? Ce dimanche? Il est impossible de le savoir.

« Je n’ai pas calculé, dira-t-il par après. Jour après jour, match après match. J’ai tout donné. On verra cette nuit et demain. »

Il n’a pas calculé, ni pour sa fin de saison, ni pour son genou, ni pour lui-même.

Il n’a pas calculé parce qu’il savait que ce point était capital. Alors, non, ni calcul, ni retenue.

De la douleur si pas domptée, du moins gérée.

Et, au bout de ce premier match de cette demi-finale, il y a eu l’extase qui ne se produit que lorsque les circonstances sont particulières.

« Lundi, très franchement, je pensais que je ne jouerais pas. »

Il a joué.

Et il a gagné.

Il a gagné.

Juste magnifique.

Dans la foulée, Steve Darcis a maintenu le suspens cinq sets durant.

Mais il était dit que Nick Kyrgios ne lâcherait pas le morceau. Même mené deux sets à un par un Darcis fin tacticien et gladiateur comme toujours, il a gardé  le cap, est resté en phase avec son capitaine et a remporté les deux dernières manches.

Oh, bien sûr, on pourra toujours regretter cette balle de break dans le premier jeu du dernier set mais ce Kyrgios là était prêt à aller au bout de lui-même, comme son rival du jour d’ailleurs.

Il était écrit que, ce vendredi, seuls des gladiateurs raviraient la foule.

Il y a eu Millman, un peu, Kyrgios, beaucoup, Darcis énormément.

Et Goffin, fabuleusement.