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Oh Marie, si tu savais…

Oh Marie,

Si tu savais…

Tu as rangé les raquettes ce vendredi.

Pas de grand fracas, pas de conf’ de presse.

Juste un message, sur tes réseaux.

Comme souvent dans ta carrière : loin des projecteurs, mais tout près du jeu.

Je t’ai connue ado

À Eupen, gauchère chipoteuse,

Un peu trop fine pour plier les points en deux frappes,

Mais assez maline pour faire tourner les têtes et les balles.

Tu jouais à l’ancienne,

Avec l’idée fixe d’embêter celles d’en face.

C’était ton truc, tu le disais toi-même.

Et tu le faisais vraiment bien.

Pas de puissance, mais du cerveau.

Pas de frime, mais de la constance.

Et puis, une vraie tête bien faite :

Une ado qui a terminé ses humanités un an à l’avance

Tu ne l’aimais pas trop, ce mot,

Mais oui : ton tennis était un peu « obsolète ».

Pas dans le fond,

Juste dans la forme.

Parce que tu ne rentrais pas dans la case du « tennis moderne ».

Mais ce jeu-là t’a menée dans le Top 200.

Ce jeu-là t’a permis de tenir, d’exister,

Et de faire mieux que des centaines d’autres.

On ne le dira jamais assez,

Mais être 188e mondiale en tennis,

C’est être une élite… sans les avantages de l’élite.

Pas de prize money confortable,

Pas d’entourage XXL,

Mais des interclubs aux quatre coins de l’Europe,

Et une foi qu’il faut recharger sans cesse.

Tu es la 26e meilleure joueuse belge de l’histoire,

La 6e francophone — juste derrière Ysaline Bonaventure.

Pas mal pour une « chipoteuse ».

Pas mal pour une fille qui,

En basket ou en foot,

Aurait fait partie de l’élite mondiale…

avec un vrai salaire à la clé.

Mais bon.

Toi, c’était le tennis.

Et malgré tout, tu t’es accrochée.

Tu n’as jamais triché.

Tu n’as jamais fait semblant.

Et rien que pour ça,

Tu mérites bien plus qu’un « merci ».

Alors voilà, Marie :

Merci.

Merci d’avoir tenu bon.

Merci pour ta constance, ton humilité, ta fidélité au jeu.

Merci d’avoir existé dans ce tennis-là,

Celui des travailleuses de l’ombre.

Celles sans qui les grandes lumières ne brilleraient pas autant.

Bonne route à toi, vraiment.

Et si jamais tu veux encore chipoter un peu,

On trouvera bien un court quelque part.

Avec ou sans classement.

Mais toujours avec le sourire en coin qui illuminait ton visage et qui continuera à le faire.

Ravi, vraiment, de t’avoir croisée de temps en temps dont ce mercredi au KTC Eupen quand tu m’as dit que tu annoncerais ta décision la… semaine prochaine… (ce qui m’a permis de préparer ce texte :-)

Une fois de plus, tu m’as surpris et, en l’écrivant, je souris, comme je souriais il y a… quelques années, lors de notre première interview.

Bon vent, Marie.

Et à très vite!

Oh, Marie, si tu savais… :-)