Mardi, à quelques jours de cette rencontre de Billie Jean King Cup entre la Belgique et les États-Unis, Tennis Vlaanderen tirait le bilan de 40 années de présence de joueuses néerlandophones dans le Top 100 mondial. L’arrivée d’Hanne Vandewinkel dans ce cercle a en effet quelque chose de particulier, elle qui s’inscrit dans la lignée des pionnières que sont, par exemple, Sandra Waerman et Ann Devries.
On pourrait évidemment élargir le regard aux joueuses francophones, avec Michèle Gurdal, première Belge dans le Top 100, Dominique Monami, première dans le Top 10, Justine Henin, numéro 1 mondiale, ou encore Ysaline Bonaventure, dernière Francophone à avoir atteint ce Top 100.
Mais je ne suis pas là pour parler de statistiques.
Non, je suis là pour dire que j’ai déjà vécu une semaine exceptionnelle.
Une semaine qui m’a rappelé à quel point j’ai eu la chance de croiser beaucoup de ces joueuses. Grâce — ou à cause — de mon âge, j’ai connu et connais encore Michèle Gurdal, mais aussi toutes celles qui ont suivi. Je me souviens de mes débuts, lorsque j’allais voir Sandra Wasserman et Ann Devries au Tir au Pigeon, où se tenaient les qualifications féminines de Roland-Garros.
Je me souviens aussi des nombreux échanges avec mon amie Dominique Monami (ce n’est pas un jeu de mots), notamment après sa victoire face à Lindsay Davenport à Roland-Garros.
Une Lindsay Davenport que j’ai retrouvée ici, capitaine des États-Unis, toujours aussi classe, attentive à chacun, remerciant celles et ceux qui travaillent dans l’ombre, sans jamais prendre de hauteur, même dans un moment difficile pour son équipe.
Je me suis souvenu également de la médaille de bronze olympique de Dominique Monami et Els Callens, que j’avais eu la chance de voir en direct.
De mes échanges sur le terrain avec Sabine Appelmans ou Justine Henin. Justine qui, depuis, me fait payer avec gentillesse le fait que, alors que je menais 4-3, j’ai décidé d’arrêter le match… histoire de pouvoir dire toute ma vie que j’avais mené contre elle 😉
Je me souviens aussi du titre en Fed Cup de celles qui ne s’appelaient pas encore les Yellow Aces… il y a déjà 25 ans.
Cette semaine a ravivé énormément d’émotions, que je vous conterai peut-être un jour.
Et puis, il y a eu le terrain.
Le spectacle offert par les joueuses a été à la hauteur de ces souvenirs.
Quel match entre Hanne Vandewinkel, 21 ans, et la très jeune Iva Jovic, 18 ans, déjà 16e mondiale. Quelle intelligence de jeu de la part de l’étudiante en médecine — oui, oui, Hanne poursuit ses études — qui s’offre une première victoire face à une Top 20, chez elle, devant son public.
Puis il y a eu Elise Mertens, opposée à une McCartney Kessler impressionnante de puissance. Des coups droits, des revers frappés à pleine vitesse, comme on en voit chez les toutes meilleures. Elise a tenu, s’est battue, a mené 2-0 dans le troisième set, avant de voir l’Américaine revenir et se procurer quatre balles de 4-2.
Mais à force de défense, de courses, de volonté, Elise est revenue à 3-3. Avant que le corps de son adversaire ne lâche. Une fin toujours difficile à accepter, mais qui fait aussi partie de la réalité du sport.
2-0 pour la Belgique. Il reste un point.
Mais quoi qu’il arrive, j’aurai déjà vécu une semaine à part.
Parce que j’y ai retrouvé des visages, des souvenirs, des moments qui comptent.
Et parce que j’ai eu le plaisir de travailler, une fois encore, avec quelqu’un dont la modestie force le respect : Filip Dewulf. Demi-finaliste à Roland-Garros en 1997, et avec qui j’ai la chance de collaborer en salle de presse. Là, il fait tout avec le même sérieux, le même sourire, la même discrétion que lorsqu’il balançait son coup droit dévastateur sur les terres parisiennes… ou autrichiennes.
Avec, toujours, cette connaissance du jeu qu’il ne met jamais en avant, mais qui fait mouche à chaque fois.
J’écris ces lignes alors qu’il est devant moi. Il vient d’ailleurs encore de se moquer, avec humour, du pickleball. Je ne lui dirai sans doute jamais tout cela, alors autant l’écrire.
Merci à lui.
Merci à toutes ces joueuses.
Et… GO BELGIUM.
