(surtout en Coupe Davis… et c’est ça qui est beau)
Oui, je sais.
Dire que le classement ATP ne veut rien dire, c’est un peu comme affirmer que le filet est trop haut quand on vient de le prendre trois fois d’affilée.
Et pourtant…
Pour comprendre pourquoi ce titre n’est pas totalement absurde, il faut se poser deux questions simples :
1. Le classement ATP, c’est quoi ?
2. Un match de tennis, c’est quoi ?
Avant d’entrer dans la théorie, petit détour par la réalité — celle qui adore se moquer des chiffres.
À Shanghai l’an dernier, Valentin Vacherot (204e mondial) bat Novak Djokovic, toujours Top 5.
Wimbledon 1991 : Nick Brown, 591e mondial — oui, 591 — sort Ivanisevic, Top 10.
Wimbledon 2003 : Ivo Karlovic (203e) élimine Lleyton Hewitt, numéro 1 mondial.
Et puis, évidemment…
Wimbledon 2013 : un certain Steve Darcis, 135e mondial, renverse …. Rafael Nadal, alors 5è mondial (photo)
Le genre de match qui rappelle que le tennis adore saboter les prévisions. J’avais d’ailleurs, et c’est la dernière fois que je l’ai fait, écrit avant ce match que Steve avait 0 chance de gagner (oui, Steve, je sais que tu me lis et que tu ne m’en as pas voulu :-)
Restons avec les Belges.
Qui aurait parié qu’en 2017 la Belgique irait battre l’Allemagne sans David Goffin ?
Qui aurait imaginé une Belgique renversée par la Corée alors qu’elle menait 2-0 ?
Et qui aurait sérieusement misé sur une victoire belge en Australie l’an dernier et sur l’invraisemblable victoire de Raphaël Collignon face à Alex de Minaur??
Alors revenons à la question initiale:
Le classement ATP, c’est quoi ?
C’est une photographie de la valeur d’un joueur sur les douze derniers mois. Les meilleurs sont en haut parce qu’ils gagnent souvent, ils sont réguliers et parviennent à enchaîner les résultats positifs. Respect.
Mais le classement ne dit pas tout. Il ne dit rien de la forme du jour.
Rien de la confiance.
Rien de l’inspiration.
Rien de cette fameuse journée où tout rentre, parfois à la surprise du joueur lui-même ;)
Un joueur du Top 500, aujourd’hui plus encore qu’hier, sait jouer au tennis. Vraiment. Et sur un match, il peut faire vaciller presque n’importe qui.
Ajoutez à cela le format actuel de la Coupe Davis — deux sets gagnants — et l’écart théorique fond encore un peu.
Ce qui nous amène à la deuxième question.
Un match de tennis, c’est quoi ?
C’est au minimum 48 points à aller chercher.
48!
Pas donnés. Jamais.
Parce qu’il y a un adversaire.
Parce qu’il y a la pression.
Parce que le favori peut avoir le bras qui tremble un peu.
Parce que l’outsider peut jouer libéré.
Parce que la Coupe Davis transforme un match en petite tempête émotionnelle.
Ajoutez un public chaud comme la braise à Plovdiv.
Ajoutez l’absence de Zizou Bergs.
Ajoutez des Bulgares que certains décrivent un peu vite comme “des oiseaux pour le chat” — alors qu’ils jouent au tennis, eux aussi. Plutôt bien, d’ailleurs puisque deux d’entre eux étaient parmi les meilleurs juniors mondiaux l’an dernier.
Bref : tout est réuni pour rappeler que le sport n’a jamais tenu compte des classements.
Et donc ?
Donc, les Red Aces sont favoris.
Mais favoris ne veut pas dire vainqueurs.
Favoris veut dire : jouer sérieux, jouer ensemble, jouer comme si rien n’était acquis.
Et donc ?
La Belgique va passer 😉
